Le territoire
Illustration des forts des Sauvages et de Senneville (diapositive no 268 « Bird’s Eye View in 1720. Dr P. E. Brown, present proprietor of Isles aux Tourtes) du livre de Désiré Girouard de 1895 Lake Saint-Louis Old And New1
Vers 1690, le marquis de Vaudreuil concède l'île aux Nipissings (une nation de langue algonquienne). Ceux-ci nomment l'île Aounagassing, ce qui signifie « la gardienne », car sa position géographique stratégique commande la route des canots entre le lac Saint-Louis et le lac des Deux Montagnes. Elle sert alors de halte majeure pour le commerce des fourrures.
Le territoire de Vaudreuil est situé immédiatement à l’ouest de l’île de Montréal ; il en est séparé par des îles dans la rivière des Outaouais, dont l’île Perrot qui est la plus grosse, au confluent de la rivière des Outaouais et du Saint-Laurent, lequel descend des Grands Lacs (les Pays d’en Haut). Parmi ces îles, on retrouve l’île aux Tourtes (Aounagassing).
Au XVIIe siècle, les voyageurs y croisaient les Autochtones chasseurs qui venaient échanger leurs peaux contre fusils, couvertures, marmites et un nombre d’autres commodités venues d’Europe sans oublier la fameuse « eau de vie »3.
C’est en assistant au café-rencontre de la Société d’histoire et de généalogie de L’Île-Perrot le 1er octobre que j’ai pris conscience de toute l’importance de la traite des fourrures dans le développement de la Colonie française et particulièrement de la région de Vaudreuil dont les échanges avec les Autochtones sur ce coin stratégique ont attiré les premiers habitants de Vaudreuil.
C’est monsieur Michel Bélisle, dans sa présentation sur Les lacs de la fortune qui m’a appris davantage sur ce lieu et cette « industrie », surtout sur l’île aux Tourtes et sur le rôle important d’un de mes ancêtres, Pierre Lamoureux dit Saint-Germain ; il a aussi piqué ma curiosité quant aux activités de plusieurs autres de mes ancêtres dont les patronymes se retrouvent sur la Côte de l’Anse de Vaudreuil (Sabourin, Lalonde, Quesnel et autres).
Mes lignées
Les parents de mon père Gérald Lucas (1910-1993) sont nés et se sont mariés à Vaudreuil. Alain Lucas et Éveline Brasseur connaissaient-ils l’histoire de leurs ancêtres qui avaient été liés à la traite des fourrures ? Certaines de leurs lignées, issues de ce territoire, avaient bien des chances d’être liées de près ou de loin au commerce de la fourrure.
Dès mon enfance, une sœur de mon père, Gilberte Lucas (1902-1996) a représenté pour moi tout ce qui était forêt et eau.
Gilberte Lucas et Sophie Robillard, la deuxième épouse de son grand-père forgeron, Louis Lucas
Tante Gilberte avait acheté dans sa jeunesse un très petit bout de terrain à Morin-Heights dans le comté d’Argenteuil (100 pieds de large par 300 pieds de long) sur la route de Saint-Adolphe-d’Howard, et construit de ses mains sur le flanc d’une petite montagne, un chalet en bois rond avec l’aide de fermiers des environs. Toute notre enfance et même plus tard jusque dans les années 1980, il n’y avait pas d’électricité dans son « camp » comme elle l’appelait toujours. Et c’est un aspect qui nous ravissait, mais il faut dire que nous n'y allions que pour de courts séjours et y étions toujours bien accueillis par ses bons soins et ses grandes qualités de débrouillardise, de bonne humeur et de générosité jusqu’à ce qu’elle vende le camp à la fin des années 1980. L’eau au camp a été la seule que j’aimais boire, car elle la tirait d’une source de la montagne qui passait tout près de son camp. Cette eau n’avait aucun arrière-goût, ni artificiel, ni même naturel comme certaines sources sulfurées ; surtout pas chlorée comme celle de Montréal et d’autres municipalités de la province qui me rebute toujours encore aujourd’hui.
Forêt et eau : en effet le « camp » était entouré de forêt et un petit affluent de la rivière du Nord y coulait à une courte distance, bien cachée par un coin de forêt. On y accédait en suivant le sentier bien tapé par des générations de vaches qui paissaient là-bas quand tante Gilberte avait découvert ce coin de paradis.
Le camp de Morin-Heights et sa faune
Le camp de Morin-Heights, années 1940
Une vache à Morin-Heights
Un orignal à Morin-Heights
C’est par elle qu’à l’âge adulte, j’ai entendu parler de notre arbre généalogique, car elle avait demandé à un cousin de faire la recherche sur notre ascendance patrilinéaire.
C’est d’elle aussi, conteuse hors pair, que j’appris qu’une ancêtre éloignée serait autochtone du côté des Gauthier, dont elle mentionnait deux petites-cousines âgées ayant ce patronyme, nom qui m’était jusqu’alors inconnu. Elles ne me semblèrent pas avoir quoi que ce soit d’autochtone et j’étais loin de penser qu’un jour, je découvrirais, en m’intéressant à la généalogie et à l’histoire de la Nouvelle-France, que cette lignée paternelle s’élargissait sur d’autres lignées dont une menait justement à ces ancêtres des Gauthier, dont Pierre Lamoureux dit Saint-Germain (1649 – 1709) qui n’a pas été le moindre des agents de traite de la fourrure dans le coin de la seigneurie de Vaudreuil, comme nous verrons plus bas, particulièrement à l’île aux Tourtes et du côté du bout de l’île de Montréal, à Sainte-Anne-de-Bellevue. Sa première femme était une autochtone algonquine (anichinabé), Marguerite Pigarouiche.
En effet la mère de mon grand-père Alain Lucas s’appelait Marie-Louise Gauthier et l’on retrouve à sa 6e génération, Marie Renée Lamoureux (Annexe 1), fille aînée de Pierre Lamoureux et Marguerite Pigarouiche. (voir mariage de Jacques Héri et Marie Renée Lamoureux à l’annexe 2)
Une autre de mes lignées paternelles est issue de son deuxième mariage avec Barbe Celle-Duclos (Annexe 3), mais celle-là du côté de la mère de mon père, Éveline Brasseur qu’on peut également remonter de 8 générations jusqu’à Pierre Lamoureux. (Annexe 1)
Dans la région de Vaudreuil, un autre ancêtre de mon arrière-grand-mère, Marie-Louise Gauthier, est Louis Séguin dit Ladéroute également lié au commerce de la fourrure. (Annexe 1)
Dans la région, il y avait à l’époque plusieurs boutiques de forge ; je ne sais combien il en restait au temps de mon père, mais ma tante Gilberte disait aussi que les « Indiens » d’Oka venaient jusqu’au village de Vaudreuil pour faire ferrer leurs chevaux à la forge de son grand-père, Louis Lucas.
Maison et forge de Louis Lucas, rue Saint-Louis dans le village de Vaudreuil
Plusieurs des concessions de la Côte de l’Anse arborent les noms de plusieurs autres de mes ancêtres (Lalonde, Besner, Sabourin) et je devrai poursuivre des recherches pour en identifier les liens.
Pierre Lamoureux dit Saint-Germain
Entre 1670 et 1673
Moins de 150 ans après l’arrivée de Jacques Cartier à la Baie des chaleurs, Pierre Lamoureux, dit St-Germain, ouvrait, sur la rivière Abitibi, le premier poste de traite. Son épouse, Marguerite Pigarouiche, une Algonquine, aurait joué un rôle de premier plan dans cet établissement.
Pierre Lamoureux dit Saint-Germain a aussi servi de guide en 1686 aux expéditions à la Baie d’Hudson qui avaient pour but de déloger les Anglais qui faisaient la traite des fourrures à la Baie d’Hudson.
En mars 1686, Pierre de Troyes, dit chevalier de Troyes, et une centaine d'hommes quittent Montréal dans le but de déloger les Anglais de la baie d'Hudson en passant par l'intérieur des terres en canot. Le 30 mai 1686, ils mettent le pied sur le territoire de ce qui deviendra, près de 300 ans plus tard, la Ville de Rouyn-Noranda. […] Sans en être certain, on peut présumer que le chevalier de Troyes obtient l'aide et la permission implicite des Anishnabek de traverser le territoire par l'entremise du coureur des bois nommé Pierre Lamoureux St-Germain. Ce dernier a épousé une Anishnabek. Il est déjà passé en région et il parle fort probablement anichinabe. Au cours de l'expédition, il est le capitaine des guides, ce qui signifie le responsable des Autochtones servant de guides.
Pionnier et marchand de Villemarie, il a d’abord été membre du Régiment Carignan-Salières de 1665 à 1668, on le dit Sergent de la Compagnie franche de la Marine4, marchand bourgeois de Montréal et/ou « petit trafiquant de fourrures »5, gestionnaire de l’avant-poste de traite stratégique à l’Île-aux-Tourtes.
Le seigneur de l’île aux Tourtes, le gouverneur Philippe de Rigaud de Vaudreuil6, en signant un bail (greffe Adhémar no 6483 en Annexe 4) avec Pierre Lamoureux Sieur de Saint-Germain, en fit le premier exploitant à ferme de l’île le 13 juillet 17037. Ce bail, « lui concède l’exclusivité des droits de chasse, de pêche et de traite des fourrures avec les Autochtones sur l’île ».
Le 15 novembre 1703, le ministre s’objecte à la concession faite à M. de Vaudreuil, qui ne servira qu’à faciliter la traite avec les sauvages, “ce qui est sy vray que le nommé St-Germain (Pierre Lamoureux, sieur de Saint-Germain), le plus fameux traiteur du pays, en a déjà pris possession à ferme”. Allusion est faite ici au poste de l’Ile-aux-Tourtes. (vol. 21, p. 53)
« Il est vrai que les Srs Chevalier de Callières et de Beauharnois m’ayant donné une concession, j’avais affermé ma terre au dit St-Germain, qui, ayant depuis longtemps un établissement au bout de l’Isle de Montréal, où il demeure avec toute sa famille, estoit plus à portée qu’un autre à la faire valoir » écrivit M. de Vaudreuil au ministre le 19 octobre 17059.
Il lui est retiré dès juillet 1704 alors que les autorités françaises préfèrent céder l’île gratuitement au sulpicien René-Charles de Breslay afin que le commerce de la fourrure soit éloigné des marchands séculiers, comptant que celui-ci puisse mieux contrôler le commerce et surtout endiguer le trafic dévastateur de l’eau-de-vie, tel que confirmé par M. de Vaudreuil dans son mémoire écrit du 19 octobre.
Louis Séguin dit Ladéroute
Louis Séguin dit Ladéroute était marchand de fourrures et propriétaire de quatre concessions à Côte de l’Anse dans la seigneurie de Vaudreuil ; il a épousé Marie Anne Raizenne dit Shoentakouan. Celui-ci a également été assez près des Autochtones, car son épouse vivait près de la mission des Deux-Montagnes sur le territoire d’Oka où les Iroquois s’étaient installés après avoir quitté la mission du Sault-au-Récollet au nord de l’île de Montréal ; ses parents Josiah Rising et Abigail Nims avaient été ramenés à la mission de la Montagne en 1704 de Deerfield, Massachusetts par les Iroquois lors d’un raid de la « French Indian War » et avaient été rebaptisés Ignace Raizenne et Marie Élisabeth Nims ; ils se sont mariés au Sault-au-Récollet le 29 juillet 1715 et ont suivi les Iroquois dans leur déplacement vers les Deux-Montagnes en 1716 (certaines sources disent : mariés à Oka, mais les dates ne concordent pas).
J’ai encore beaucoup à découvrir sur mes ancêtres qui ont été pionniers dans la seigneurie de Vaudreuil, dont leur rapport avec le commerce de la fourrure et leurs liens avec les Autochtones.
1. Note d’Amazon : Ce travail a été sélectionné par des chercheurs comme étant culturellement important, et fait partie de la base de connaissances de la civilisation telle que nous la connaissons.
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https://www.amazon.ca/Lake-Louis-Illustrated-Cavelier-Salle/dp/1016437285
GIROUARD, Désiré, Doctor of'Laws, Queen's Counsel, Member of the Historical Society of Montreal, Member of the House of Commons for Jacques-Cartier County. 1893. Old And New Illustrated and Cavelier de La Salle. Montreal : Columbia Edition, 298 pages (482 diapositives). Printed by Poirier, Bessette & Co. Paper manufactured by the Canada Paper Company https://dn760109.eu.archive.org/0/items/lakestlouisold00giro/lakestlouisold00giro.pdf
2. SÉGUIN, Robert-Lionel (1954). « L’Île aux Tourtes, avant-poste de peuplement ». Revue d'histoire de l'Amérique française, 8(2), 243–253. https://doi.org/10.7202/301652ar Diapo. 2-3
3. PAYANT, Robert, 2008. Philippe de Rigaud de Vaudreuil, gouverneur. De mousquetaire à vice-roi, Montréal, LIDEC, 62 pages. (p. 29-30) p. 45
4. PAYANT, op. cit., p. 30
5. Ibid., p. 29
6. SÉGUIN, op. cit., p. 244
7. Ibid., p. 245
8. GIROUARD, Désiré, 1895. Les anciens postes du lac Saint-Louis. Lévis : Pierre Georges Roy, 9, rue Wolfe ; 15 pages : p.8/diapo. 10 https://queensu.scholaris.ca/server/api/core/bitstreams/6911a312-fddf-4c16-a0bb-1a58cccd5fa6/content
9. Ibid., p. 9/diapo. 11
Autres références
- https://www.familysearch.org/ark:/61903/3:1:3Q9M-CSTC-2SLX-J?view=fullText&keywords=anthoine+adhemar&searchForm=simple&lang=fr
- https://gw.geneanet.org/mlajeunesse?lang=fr&n=seguin&p=louis
- https://www.prdh-igd.com/fr/Pionnier/47359
- https://www.wikitree.com/wiki/Lamoureux-42
- GIROUARD, Désiré, Conseil de la Reine, Docteur en droit, Député, Membre de la Société historique de Montréal, Auteur de « Vieux Lachine », etc. 1892. Les Anciennes Cotes du lac Saint-Louis avec Un tableau complet des anciens propriétaires et nouveaux propriétaires. Montréal : Poirier, Bessette & Cie, (121 pages numériques dont 71 pages en français et 37 en anglais) : https://archive.org/details/cihm_03459/page/n36/mode/2up
Consultez les annexes.

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