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Trouver ses coureurs des bois et ses voyageurs

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Cet article a pour objectif de faire comprendre l’évolution de la course des bois à travers les époques et de reconnaître les différentes catégories de coureurs des bois et de voyageurs, tout en faisant découvrir leur quotidien, leurs us et coutumes à l’aide d’une diversité de sources disponibles pour la recherche généalogique et historique.

Définitions et distinctions

  • Coureurs des bois : Les coureurs des bois étaient des commerçants de fourrures itinérants qui, bravant l’interdiction des autorités coloniales, parcouraient librement le territoire pour négocier et tisser des liens étroits avec les nations autochtones.
  • Voyageurs : Engagés par contrat et munis de permis officiels, les voyageurs assuraient le transport physique des marchandises et des fourrures, devenant ainsi la force motrice des grandes compagnies de traite comme la Compagnie du Nord-Ouest.
  • Truchements : En tant qu’interprètes et intermédiaires culturels, les truchements jouaient un rôle essentiel pour faciliter les négociations et le commerce entre les Européens et les peuples autochtones.
  • Donnés : Les donnés étaient des collaborateurs laïcs qui consacraient leur vie à soutenir bénévolement les missionnaires jésuites dans leurs tâches quotidiennes et leurs efforts d’évangélisation.

Évolution et aspects juridiques

  • Si la distinction entre coureurs des bois et voyageurs restait ambiguë avant 1681, l’apparition des permis de traite marqua une rupture nette : elle relégua les coureurs des bois au rang de hors-la-loi et consacra la reconnaissance officielle des voyageurs.
  • Ces derniers devaient s’engager par des actes notariés, véritables chartes de leur expédition qui fixaient rigoureusement leurs devoirs, leurs gages et les conditions de leur périple.

Conditions de vie et de travail

  • Soumis à des journées harassantes de quatorze heures, ces hommes défiaient les distances infinies et les climats extrêmes, portant de lourdes charges pour seule routine, avec pour toute subsistance un régime sommaire de pemmican, de lard et de pois.
  • Véritable colonne vertébrale de ce commerce, le canot d’écorce de bouleau fendait les rivières, glissant d’un poste à l’autre comme l’outil indispensable de leur liberté et de leur labeur.
  • Au sein de cette microsociété fluviale, une hiérarchie stricte dictait la vie des hommes : des « mangeurs de lard » venus de Montréal aux fiers « hivernants » du Grand Nord, chacun occupait une place précise à bord, de l’avant au gouvernail.

Vie sociale et culturelle

  • Les chants des voyageurs s’élevaient en cadence, compagnons fidèles pour cadencer l’effort et garder le cœur joyeux.
  • Le commerce de la traite se conjuguait aussi au féminin, plusieurs femmes s’armant de permis pour faire prospérer l’entreprise familiale.
  • Sous le regard bienveillant de leurs engagistes, les voyageurs scellaient des alliances en prenant épouse parmi les nations autochtones.

Aspects économiques et organisationnels

  • La rémunération des engagés fluctuait de manière importante selon leur niveau d’expérience et la nature de leur contrat, distinguant ainsi le statut des guides, des avants, des milieux ou encore des hivernants.
  • Bien souvent, les voyageurs se retrouvaient pris dans un cycle d’endettement auprès des compagnies de traite, en raison des avances consenties pour l’achat de leur équipement et de leurs marchandises de subsistance.
  • Afin de préserver leur monopole, les compagnies exerçaient un contrôle d’une rigueur absolue sur le commerce des fourrures, réprimant sévèrement la moindre tentative de contrebande.

Sources et recherches

À des fins de recherche généalogique, il s’avère judicieux d’exploiter les fonds notariaux et judiciaires répertoriés dans ce document, notamment à travers l’examen des contrats d’engagement, des permis de traite et des rôles de voyageurs.

Conclusion

En somme, j’ai essayé avec ce document de mettre en lumière la richesse et la complexité d’un univers souvent mythifié, mais dont la réalité historique s’avère fascinante. Loin d’être un groupe homogène, le monde de la traite des fourrures reposait sur une organisation rigoureuse et une hiérarchie stricte, allant du coureur des bois insoumis au voyageur contractuel, en passant par le truchement bilingue ou le donné dévoué. L’introduction des permis de traite en 1681 a d’ailleurs marqué un tournant décisif, traçant une frontière juridique claire entre l’illégalité des uns et la reconnaissance officielle des autres.

Au-delà des structures économiques et du contrôle absolu des grandes compagnies, cette étude plonge au cœur du quotidien de ces hommes et de ces femmes. Leurs conditions de vie d’une dureté extrême, rythmées par les portages harassants et la navigation en canot d’écorce, étaient néanmoins adoucies par une culture vibrante où résonnaient les chants de voyage. De plus, les alliances matrimoniales avec les nations autochtones et l’implication des femmes dans la gestion des permis témoignent de la dimension profondément humaine, sociale et métissée de cette aventure.

Enfin, pour le chercheur et le généalogiste, ce pan de notre histoire ne s’éteint pas dans le passé. Grâce à la diversité des sources présentées — qu’il s’agisse des contrats d’engagement notariés, des permis de traite ou des registres judiciaires —, il devient possible de retracer avec précision le parcours de ces ancêtres aventuriers. Ces archives précieuses ne font pas que valider des lignées : elles redonnent une voix, un nom et une réalité concrète à ceux qui ont arpenté les rivières et jeté les bases économiques et culturelles de l’Amérique du Nord.

 


Sources

Les livres papier

Messier, Alain, Dictionnaire encyclopédique et historique des coureurs des bois, Guérin, 2005, 367 p.

Germain, Georges-Hébert, Les coureurs des bois La Saga des Indiens Blancs, Libre Expression, 2003, 160 p.

Foxcurran, Bouchard et Malette, Songs Upon the Rivers The Buried History of the French-Speaking Canadiens and Métis from the Great Lakes and the Misssissippi across to the Pacific, B, 2016, Baraka Books, Montréal, 442 p.

Ferland, Claude, Cadiens et voyageurs Un parcours singulier au Pays-d’en-Haut, Les Éditions GID, 2016, 295 p.

Havard, Gilles, Empire et Métissages Indiens et Français dans le Pays-d’en-Haut, 1660-1715, Septentrion, 2017, 603 p.

Podruchny, Carolyn, Les voyageurs et leur monde Voyageurs et traiteurs de fourrures en Amérique du Nord, Les Presses de l’Université Laval, 2009, 405 p.

Havard, Gilles, Histoire des coureurs de bois, Perrin Collection Tempus, France, 2021, 1230 p.

Havard Gilles, L’Amérique fantôme Les aventuriers francophones du Nouveau Monde, Flammarion Québec, 2019, 650 p.

Havard et Laugrand, Éros et Tabou Sexualité et genre chez les Amérindiens et les Inuit, Septentrion, 2014, 500 p.

Havard, Gilles et Vidal Cécile, Histoire de l’Amérique française, Champs Histoire, Flammarion, Espagne, 2008, 863 p.

Harvard, Gilles, Montréal 1701 Planter l’Arbre de Paix, Recherches amérindiennes au Québec, Musée McCord d’histoire canadienne, 2001, 73 p.

MacGregor, Roy, Canoe Country The Making of Canada, Random House Canada, 2015, 299 p.

MacLeod, D. Peter, The Canadian Iroquois and the Seven Years’ War, Dundurn Press, Toronto, 2012, 247 p.

Vaugeois, Denis, America 1803-1853 L’expédition de Lewis & Clark et la naissance d’une nouvelle puissance, Septentrion, 2002, 263 p.

Faribault-Beauregard, Marthe, La vie aux Illinois au XVIIIe siècle Souvenirs inédits de Marie-Anne Cerré : un voyage de Montréal à Kamouraska en 1840, Archiv-Histo, Montréal, 1987,132 p.

Sandoz, Mari, The Beaver Man, University of Nebraska Press, 1978, 335 p.

Trigger, Bruce G., The Children of Aataentsic A History of the Huron People to 1660, McGill-Queens’s University Press, 1987, 913 p.

Harvard, Gilles, The Great Peace of Montreal of 1701 French-Native Diplomacy in the Seventeenth Century, McGill-Queens’s University Press, 2014, 308 p.

Butts, Edward, Henry Hudson New World Voyager, Dundurn Pres, Toronto, 2009, 207 p.

Paul, Daniel N. We Were Not the Savages First Nation History, Fernwood Publishing, Halifax, 2008, 407 p.

Poling Jim Sr, Tecumseh Shooting Star, Crouching Panther, Dundrun Press, Toronto, 2009, 192 p.

Rushforth, Brett, Bonds of Alliance Indigenous & Atlantic slaveries in New France, University of North Carolina Press, Chapel Hill, 2012, 406 p.

Reséndez, Andrés, The Other Slavery The Uncovered Story of Indian Enslavement in America, Mariner Books, Boston-New York, 2017, 432 p.

Les livres numériques

Larpenteur, Charles, Forty Years a Fur Trader on the Upper Missouri The Personal Narrative of Charles Larpenteur 1833-1872, The Lakeside Press, Chicago,1933, 360 p.

Coues, Elliott, Charles Larpenteur 1833-1872, vol 2, Francis P. Harper New York, 1898, 473 p.

Dionne, N.-É. Chouard et Radisson odyssée de deux canadiens-français au XVIIe siècle, Laflamme & Proulx, Québec, 1910, 212 p.

McKenzie, Alexandre, Tableau historique et politique du commerce des pelleteries dans le Canada, Dentu, Paris, 1807, 310 p.

Margry, Pierre, Découvertes et établissements des Français dans l’Ouest et dans le Sud de l’Amérique 1614-1754, Maisonneuve et Ch. Leclerc, Paris, 1888, 760 p.

Morice, A.-G. Dictionnaire historique des Canadiens et des Métis français de L’Ouest, J.-P. Garneau, Québec, 1908, 330 p.

Taché, J.C., Forestiers et voyageurs Moeurs et Légendes canadiennes, Librairie Saint-Joseph, Montréal, 1884, 239 p.

Ferry, Gabriel, Le coureur des bois volume 1 à 7, Meline, Cans et Cie, Bruxelles, 1850, 254 p.

Puyjalon, H. de, Guide du chasseur de pelleterie, Pierre J. Bédard, Montréal, 1893, 180 p.

 

Et de nombreux autres que vous trouverez sur : BAnQ, BAC, mais aussi sur : Internet archives, Open Library, Google Books, etc.

Vous en aurez davantage en anglais qu’en français !

 

Les incontournables

BAnQ - Bibliothèque Archives nationales du Québec
Mots clés dans Archives : coureurs des bois, engagés, Compagnie du Nord-Ouest, voyageurs...

Exemple d'archives judiciaires :

Un document exceptionnel est le récit personnel d’un voyageur, qu’il nous fait découvrir la relation d’affaires entre engagés et marchands, et qui décrit les traitements infligés aux engagés dans un poste des Pays-d’en-Haut.

Lettre de Joseph Godin, 2 septembre 1788. BAnQ Vieux-Montréal, Cour des plaidoyers communs (TL16, S2) Richard Dovie vs Joseph Godin

La lettre de sept pages a été déposée par l’avocat P.-A. De Bonne à la Cour des plaidoyers communs du district de Montréal (TL16) au dossier d’une cause opposant Richard Dobie et son associé James Grant à Godin, pour bris de contrat. Godin s’était engagé pour trois ans (CN601, S254, 2 août 1787) à hiverner aux postes de « Themiskaming, Tiby, Teby » [Témiscamingue et Abitibi].

BAC Bibliothèque Archives Canada
BAC/Recherche dans la collection : coureurs des bois, Compagnie du Nord-Ouest, voyageurs, congé de traite, traite des fourrures, pelleteries…

Sites Internet
Les musées et lieux historiques : McCord et cie
Les sites familiaux
Les journaux anciens
Pinterest

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